La folie de Miguel de Cervantès

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Le 5 juin

il nous avait fait voyager sur les routes de l’Espagne du 16ème siècle

lors de la soirée

FINALEMENT

CA SERT VRAIMENT A QUELQUE CHOSE UN AUTEUR ?

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Il s’agissait de Miguel de Cervantès

Il venait de Madrid en 1610… Il avait 63  ans…

 

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Il vint habiter le corps de Sarah Ramaully

Il nous raconta un extrait de

L’INGÉNIEUX HIDALGO DON QUICHOTTE DE LA MANCHE

 

Etienne Dari, (Vincent Capponi) faisant office de serveur, dit alors :

– Don Quichotte… Je connais le nom mais ça parle de quoi ce  truc finalement ?

Puis, il plongea sa tête dans le registre et rajouta :

– Visiblement c’est l’histoire d’un  vieil homme ayant vécu une vie rangé. Il se prit de passion pour les  romans de chevalerie. Un jour, il fut atteint d’un accès de  folie. Il décida de parti sur les routes, persuadé d’être un chevalier  errant chargé de redresser tous les tords.

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Miguel de Cervantès raconta la suite :

 

026-Café de la Page 5-05062016-AS-33Don Quichotte poursuivait sa route, s’imaginant, à l’occasion de sa victoire passée, qu’il était le plus vaillant chevalier que possédât le monde en ce siècle.

ils furent rejoints par un homme qui suivait le même chemin qu’eux, monté sur une belle jument gris pommelé. Il portait un gaban de fin drap vert[1], garni d’une bordure de velours fauve, et, sur la tête, une montéra du même velours. Les harnais de la jument étaient ajustés à l’écuyère et garnis de vert et violet. Le cavalier portait un cimeterre moresque, pendu à un baudrier vert et or. Les brodequins étaient du même travail que le baudrier. Quant aux éperons, ils n’étaient pas dorés, mais simplement enduits d’un vernis vert, et si bien brunis, si luisants, que, par leur symétrie avec le reste du costume, ils avaient meilleure façon que s’ils eussent été d’or pur. Quand le voyageur arriva près d’eux, il les salua poliment, et, piquant des deux à sa monture, il allait passer outre ; mais Don Quichotte le retint : « Seigneur gentilhomme, lui dit-il, si votre grâce suit le même chemin que nous, et n’est pas trop pressée, je serais flatté que nous fissions route ensemble. » — En vérité, répondit le voyageur, je n’aurais point passé si vite si je n’eusse craint que le voisinage de ma jument n’inquiétât ce cheval. — Oh ! seigneur, s’écria aussitôt Sancho, vous pouvez bien retenir la bride à votre jument, car notre cheval est le plus honnête et le mieux appris du monde. Jamais, en semblable occasion, il n’a fait la moindre fredaine, et pour une seule fois qu’il s’est oublié, nous l’avons payé, mon maître et moi, à de gros intérêts. Mais enfin je répète que votre grâce peut s’arrêter, si bon lui semble, car on servirait au cheval cette jument entre deux plats, qu’à coup sûr il n’y mettrait pas la dent. »

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Philippe Richardin était l’Hidalgo et Clément Hassid était Don Quichotte

Le voyageur retint la bride, étonné des façons et du visage de Don Quichotte, lequel marchait tête nue, car Sancho portait sa salade comme une valise pendue à l’arçon du bât de son âne. Et si l’homme à l’habit vert regardait attentivement Don Quichotte, Don Quichotte regardait l’homme à l’habit vert encore plus attentivement, parce qu’il lui semblait un homme d’importance et de distinction. Son âge paraissait être de cinquante ans ; ses cheveux grisonnaient à peine ; il avait le nez aquilin, le regard moitié gai, moitié grave ; enfin, dans sa tenue et dans son maintien, il représentait un homme de belles qualités. Quant à lui, le jugement qu’il porta de Don Quichotte fut qu’il n’avait jamais vu homme de semblable façon et de telle apparence. Tout l’étonnait, la longueur de son cheval, la hauteur de son corps, la maigreur et le teint jaune de son visage, ses armes, son air, son accoutrement, toute cette figure, enfin, comme on n’en avait vu de longtemps dans le pays. Don Quichotte remarqua fort bien avec quelle attention l’examinait le voyageur, et dans sa surprise il lut son désir. Courtois comme il l’était, et toujours prêt à faire plaisir à tout le monde, avant que l’autre lui eût fait aucune question, il le prévint et dit : « Cette figure que votre grâce voit en moi est si nouvelle, si hors de l’usage commun, que je ne m’étonnerais pas que vous en fussiez étonné. Mais votre grâce cessera de l’être quand je lui dirai que je suis chevalier, de ceux-là dont les gens disent qu’ils vont à leurs aventures. J’ai quitté ma patrie, j’ai engagé mon bien, j’ai laissé le repoGustave Dorés de ma maison, et je me suis jeté dans les bras de la fortune, pour qu’elle m’emmenât où il lui plairait. J’ai voulu ressusciter la défunte chevalerie errante, et, depuis bien des jours, bronchant ici, tombant là, me relevant plus loin, j’ai rempli mon désir en grande partie, en secourant des veuves, en protégeant des filles, en favorisant des mineurs et des orphelins, office propre aux chevaliers errants. Aussi, par mes nombreuses, vaillantes et chrétiennes prouesses, ai-je mérité de courir en lettres moulées presque tous les pays du globe. Trente mille volumes de mon histoire se sont imprimés déjà, et elle prend le chemin de s’imprimer trente mille milliers de fois, si le ciel n’y remédie. Finalement, pour tout renfermer en peu de paroles, ou même en une seule, je dis que je suis le chevalier Don Quichotte de la Manche, appelé par surnom le chevalier de la Triste-Figure. Et, bien que les louanges propres avilissent, force m’est quelquefois de dire les miennes, j’entends, lorsqu’il n’y a personne autre pour les dire. Ainsi donc, seigneur gentilhomme, ni ce cheval, ni cette lance, ni cet écu, ni cet écuyer, ni toutes ces armes ensemble, ni la pâleur de mon visage, ni la maigreur de mon corps, ne pourront plus vous surprendre désormais, puisque vous savez qui je suis et la profession que j’exerce. »

En achevant ces mots, Don Quichotte se tut, et l’homme à l’habit vert tardait tellement à lui répondre, qu’on aurait dit qu’il ne pouvait en venir à bout. Cependant, après une longue pause, il lui dit : « Vous avez bien réussi, seigneur cavalier, à reconnaître mon désir dans ma surprise ; mais vous n’avez pas réussi de même à m’ôter l’étonnement que me cause votre vue, car, bien que vous ayez dit, seigneur, que de savoir qui vous êtes suffirait pour me l’ôter, il n’en est pas ainsi ; au contraire, maintenant que je le sais, je reste plus surpris, plus émerveillé que jamais. Comment ! est-il possible qu’il y ait aujourd’hui des chevaliers errants dans le monde, et des histoires imprimées de véritables chevaleries ? Je ne puis me persuader qu’il y ait aujourd’hui sur la terre quelqu’un qui protège les veuves, qui défende les filles, qui respecte les femme028-Café de la Page 5-05062016-AS-39s mariées, qui secoure les orphelins ; et je ne le croirais pas, si, dans votre grâce, je ne le voyais de mes yeux. Béni soit le ciel qui a permis que cette histoire, que vous dites être imprimée, de vos nobles et véritables exploits de chevalerie, mette en oubli les innombrables prouesses des faux chevaliers errants dont le monde était plein, si fort au préjudice des bonnes œuvres et au discrédit des bonnes histoires ! — Il y a bien des choses à dire, répondit Don Quichotte, sur la question de savoir si les histoires des chevaliers errants sont ou non controuvées. — Comment, reprit l’homme vert, y aurait-il quelqu’un qui doutât de la fausseté de ces histoires ? — Moi, j’en doute, répliqua Don Quichotte ; mais laissons cela pour le moment, et si notre voyage dure quelque peu, j’espère en Dieu de faire comprendre à votre grâce que vous avez mal fait de suivre le courant de ceux qui tiennent pour certain que ces histoires ne sont pas véritables. »

À ce dernier propos de Don Quichotte, le voyageur eut le soupçon que ce devait être quelque cerveau timbré, et il attendait que d’autres propos vinssent confirmer son idée…

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C’était un extrait du chapitre XVI de la seconde partie.

Pour découvrir les deux parties, vous pouvez les télécharger ci-dessous.

Don Quichotte-1

Don Quichotte-2

Don Q

 

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